Représentations et révélations sur les scènes du Festival de Granby

Hello à vous,

Comme prévu, je vous parlerai ici de la phase des représentations des demi-finalistes du Festival de Granby et de mes petites apparitions !

Le basculement de la phase des formations à celle des représentations a changé pas mal de choses dans le quotidien des demi-finalistes et participants européens : moins de sorties de groupe dans les rues de Granby, enchaînement de répétitions et autres rendez-vous individuels éparpillés sur la semaine, concentration plus intense de manière générale. L’Acadie a été fêtée comme il se doit le 15 août mais je n’étais pas là pour y assister.

Pour ma part, j’avais lundi dernier, rendez-vous pour un entretien en « préparation mentale » avec une sportive professionnelle qui m’a donné quelques éléments pour me recentrer sur scène.

Mercredi après-midi est arrivée assez vite l’unique répétition qui m’était offerte sur la grande scène du Palace, avec un « houseband » pro (choriste comprise) qui m’a proposé un arrangement pop et assez « blockbuster » de ma chanson « 16/9 », ce qui n’était pas pour me déplaire.

Je devais chanter cette chanson le soir-même en tant qu’artiste invitée, lors de la première demi-finale du Festival (il y avait quatre demi-finalistes en tout, à hauteur de 6 demi-finalistes par soirée). Ce soir-là, je me suis laissée chouchouter par la coiffeuse et la maquilleuse dans les loges, j’ai vu mes camarades demi-finalistes fébriles avant de monter sur scène.

Ma gorge gratte un peu, j’ai attrapé froid la veille en marchant, clopin-clopant, sous une froide averse, vers le foyer du Palace qui était substantiellement climatisé. Un de mes camarades me file quelques gouttes d’huile essentielle de menthe poivrée histoire de me booster.

Le générique de la soirée démarre, je suis dans le foyer du backstage et suis le spectacle sur grand écran avec un léger décalage par rapport à la scène, je découvre avec beaucoup d’émotion la projection géante des silhouettes de chacun des demi-finalistes en mouvement, l’une après l’autre, avec un body langage respectif spécifique qui représentait assez fidèlement une image de leur essence. J’étais émue de les voir présentés ainsi, chacun dans leur singularité, avec cette pensée qui me disait « ça y est, on y est, c’est parti ! ».

< La première image du superbe générique des demi-finales du FICG 2016 (crédit photo : Bertrand Duhamel) >

J’ai donc découvert mes premiers camarades en les voyant sur le grand écran du backstage en regrettant de ne pas pouvoir les voir « en vrai », côté public.

Il n’empêche. Quelles découvertes !

Le fait de voir des extraits du travail de mes camarades présentés sur scène m’a fait découvrir une part importante de ce qu’ils sont et m’a donné l’impression de mieux les connaître, d’avoir accès à une plus grande partie de leur riche personnalité.

Parmi mes coups de coeur artistiques puissamment confirmés, il y avait Rayannah, qui pour moi s’inscrit dans la lignée des Kate Bush, Tori Amos, Emilie Simon et autres Natasha Khan, bref, des artistes féminines fortes et hyper-créatives qui forcent l’admiration. Une vraie révélation ! J’attends avec impatience la sortie de sa chanson « Chaque fois », qui nous a donné des frissons et nous a frappés en plein visage depuis les loges.

J’aurais voulu entendre plus de Thomas Hogdson qui de sa voix profonde avait l’air de dire de vraies choses. Malheureusement je n’ai pas pu en voir plus…

Après le passage de Samuele et de son puissant spoken word féministe que j’ai pu voir directement depuis les coulisses, c’était à mon tour de débarquer sur scène… En béquilles, s’il-vous-plaît (qui ont ensuite été emportées par un membre de l’équipe).

Debout derrière un micro sur pied, j’ai pu tout de même m’exprimer, claquer des doigts et onduler un peu, sans pour autant taper du pied droit… Ca se passe vite, j’ai la chance de voir les deux ou trois premiers rangs, les sourires et les têtes qui bougent un peu. La salle est chaude.

Premier refrain, premier « ver d’oreille », je clappe des mains et de façon instantanée, c’est une bonne partie de l’assistance qui me suit. Je suis toujours un peu surprise quand le public réagit et tape des mains. C’est qu’en général, je suis assise derrière un piano et que mes mains ne sont pas libres pour encourager le public à réagir de telle ou telle façon. C’est une des raisons pour lesquelles j’avais demandé à avoir les mains libres et à profiter du houseband. C’était aussi un défi pour moi de chanter debout et à gérer les mouvements de mon corps (que j’avais soigneusement répétés la veille et l’avant-veille devant un miroir).

< Mon passage au Palace de Granby ! (crédit photo : Bertrand Duhamel) >

Des avis que j’ai pu avoir et notamment du metteur en scène, fort heureusement, il apparaitrait que mon expérience limitée en la matière ne se verrait pas et que chanter debout sans instrument semblait assez naturel pour moi. Ouf.

Vers la fin de la chanson, dans une partie plus calme (avant la vague finale), j’improviser un claquement de doigts intimiste près du micro. Le public suit. Légère ivresse et grande joie.

Je prends plus de libertés dans l’interprétation. Je raconte mon histoire comme à un confident. J’aime cette nouvelle liberté.

La chanson est terminée. Applaudissements. Entracte.

Pendant le reste de la soirée et même de la semaine, une bonne vingtaine de personnes m’arrêteront spontanément pour me dire qu’ils ont apprécié ma chanson, qu’elle était belle ou même, que l’image des yeux en 16/9 était poétique – c’est aussi cela que j’aime lorsque de nouvelles oreilles se posent sur mes chansons, cela permet une distanciation par rapport à une certaine habitude. L’effet béquilles doit y être pour quelque chose, il est vrai qu’il s’agit d’un signe distinctif assez efficace pour être reconnue dans une foule.

Le lendemain, j’ai encore eu la chance et le privilège de découvrir une partie de mes camarades de stage ainsi que leurs créations, malgré un bon 38° de fièvre. J’ai découvert le très bon duo Moonfruits, mélange de voix masculine folk et de voix féminine jazz à la diction parfaite, qui arrive à créer un vrai son spécifique avec très peu de choses.

Le vendredi, je devais pourtant m’éclipser, pour prendre part au Petit Festival, version enfants du concours, en tant qu’artiste invitée. Et, chose peu commune, cela se passait dans une jolie église.

< Une scène particulière ! >

< Une salle de spectacles un peu spéciale >

Malgré la chaleur sur scène, malgré ma fièvre et ma voix encore fragile, j’ai donné vingt minutes de chansons (toutes des compositions) devant un public plongé dans le noir, une croix devant mes yeux au-dessus de moi. Le public s’est mis à taper des mains à la fin de « J’ai décidé », alors même que mes mains étaient collées au clavier. Nice !

< Ma loge au Petit FICG 2016 >

Sont venues ensuite les délibérations pour ces jeunes chanteurs et chanteuses au niveau déjà impressionnant, qui ont forcément fait des déçu(e)s… Et dire qu’à leur âge, je ne chantais pas ailleurs que dans des chorales (à l’église, justement !) et que je faisais mes gammes sur mon violon… Autre univers, autres apprentissages…

< Dans les loges du Petit Festival de la Chanson de Granby ! >

Le lendemain, j’assistais, toujours fiévreuse, à la dernière demi-finale.

Je suis tombée en amour de Georgian Bay, ce magnifique duo connecté à la nature qui m’a littéralement fait pleurer avec une chanson hypnotique accompagnée d’une harpe (« Hiver »), et une autre, célébrant la force des femmes (décidément un thème récurrent cette année chez les demi-finalistes !), accompagnée exclusivement de percussions corporelles (« Le Roi »).

Autre très belle réussite, celle de Kyra Shaughnessy, dont les textes sont beaux, clairs et intelligents, dont la musique est fine et élégante, qui reste stoïque sur scène car elle n’a pas besoin d’en faire plus pour appuyer la puissance de ses créations.

Le soir même, à l’issue de cette dernière demi-finale, le verdict est tombé, quatre artistes sont nommées finalistes. C’est bien que ce soit eux, c’aurait pu être bien que ce soit d’autres, on est un peu sonné, on se rappelle qu’en fait on est dans un concours, que dans cette logique il y aura des « gagnants » et des « perdants »… Pourtant on est tous bons à être soi-même. Il y avait de très beaux projets en lice. Mais ils s’en sortiront autrement, je n’en doute pas.

La fête au soir est douce-amère, les participants malheureux qui habitent loin de Granby parlent de déjà repartir, ça frappe de plein fouet, je n’y avais tout simplement pas songé, mais vient bientôt l’heure des séparations. La soirée dure, je grille mes dernières onces d’énergie.

Le lendemain, ma voix s’est éteinte, je n’ai plus de carburant. Je suis d’humeur fragile.

Une dernière fois, je vois mes camarades – ou en tout cas une bonne partie d’entre eux – au Café Hortense, notre QG cette année. Je leur déclare mon amour, ma fierté d’avoir rencontré de si belles personnes, qui me confirment que ça, c’est ce que je veux faire. On se souhaite bonne route, en espérant qu’elles puissent se recroiser. On se sépare, on pleure, on s’embrasse. Puis on s’en va.

< Le Café Hortense >

La deuxième phase est terminée.

S’en suivra quelque chose de bien différent, que je vous raconterai peut-être.

D.

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Photos : Marianne Hell / Joseph Scarito / Fred William Dewitt Logo : Olivier Classe