Massif Central Tour – Etape 3 : Saint-Pierre-Roche

Sur le chemin, nous apprenons que Saint-Pierre-Roche n’est pas un village à proprement parler mais un ensemble de lieux-dits divers et variés. Nous nous dirigeons vers celui qui abrite la maison de Véronique qui aura la gentillesse de nous héberger pour la nuit. Les chiens, placides, semblent se balader librement entre les maisons de vieilles pierres. Malheureusement pour Eric, les neiges resteront aux plus hauts sommets et il faudra se contenter de les voir de loin.

Nous avons le bonheur de découvrir nos chambres respectives, au calme et chauffées, dont la vue donne sur un paysage de toute beauté.

La vue depuis ma chambre à Saint Pierre Roche

Après un petit repos salvateur, nous reprenons la route vers le Cabaret du Poulailler, lieu de convivialité et de culture construit dans une ancienne batterie de volailles. Je suis immédiatement séduite par la chaleur du lieu, qui n’est pas seulement due au poêle à granules qui trône dans un coin de la pièce !

Alain, au son, nous accueille et sa joie de vivre se lit sur son visage comme dans la voix que j’avais entendue au téléphone quelques heures plus tôt. Il nous fait même l’honneur de nous fabriquer lui-même des câbles ad hoc pour le concert de ce soir, trop fort ce Alain !

Petite installation tranquille sous le regard de l’énergique Cécile qui tient les lieux. Il s’agit déjà de notre dernier soir et on n’a franchement pas vu le temps passer.

Pour le repas, on nous a préparé des lasagnes aux légumes. Toute la bouffe a l’air tellement bonne sur place et ça se confirmera par la suite.

Puis vient le temps de se changer, d’enfiler ses « habits de warrior scénique ». Je tente une robe blanche que je portais souvent au Vietnam lors de l’enregistrement de mon EP. J’ai des fois l’impression que les vêtements s’imprègnent de l’énergie dans laquelle on était lorsqu’on les porte. Et j’ai envie, ce soir-là, de ressentir une certaine joie.

Dans la pièce qui sert de coulisses, Eric et moi nous observons l’un l’autre et découvrons nos petits trucs pour faire nos étirements. Moi et mes mouvements issus pêle-mêle, d’un atelier de présence scénique au Festival de Granby au Québec, de mes cours de danse modern-jazz de mon adolescence ou des mouvements de gym matinale de ma grand-mère. Lui et ses positions issues de sa pratique du tai chi. Drôle de cocktail, et en même temps pas mal de ressemblances entre les différentes pratiques.

A la manière d’un rituel que je découvre au moment où je le fais, je lui dis : « alors, c’est quoi le mot d’ordre de ce soir ? ». Il me répond, grand sourire : « ce soir c’est la dernière, on donne TOUT ! ». Puis ajoute : « si tu hésites entre faire quelque chose ou ne pas le faire, fais-le. ». Message reçu.

Le spectacle sera vécu avec beaucoup de plaisir. Je fais tomber la plupart de mes barrières, et le chant, plus libéré, s’en ressent. J’ai la rare impression de savoir chanter, que cela m’est naturel et que les notes viennent sans forcer. Pour les chansons plus « sérieuses », je fixe le plus souvent un point légèrement en hauteur par rapport à celle de mes yeux, le public étant décalé vers la droite par rapport à moi. Je bouge aussi beaucoup plus, n’hésite pas à me pencher sur le piano, échange plus de regards avec Eric, n’hésite pas à être plus expansive sur mes émotions. Et entre les morceaux, je m’exprime également plus et n’hésite pas à m’octroyer quelques instants de folie ! On est juste dans la joie de l’instant, sans penser au qu’en dira-t-on. Et ça a l’air de marcher.

Lorsque la dernière note raisonne, j’ai le sentiment d’avoir pu donner un spectacle cohérent malgré la diversité des morceaux et des humeurs. Et surtout j’ai l’impression d’avoir été vraie et d’avoir moins peur de mes « excès ».

Beau succès en salle. Un monsieur me dit avoir été touché par certaines de mes paroles, notamment sur la nécessité de cultiver notre empathie envers les personnes en grande difficulté, malgré l’époque actuelle. Je suis heureuse de voir que mes quelques bafouilles puissent trouver un écho chez des gens que je n’avais jamais encore rencontrés.

Je vois que le Cabaret réunit une belle communauté d’amateurs et de passionnés animée d’une jolie solidarité autour de ce projet et ça me fait bien plaisir. Merci Cécile, Alain, Véronique et sa famille, Nathalie et tous les autres pour votre engagement…

Après m’être débarrassée de mes oripeaux scéniques, je vais boire un verre au bar, bien décidée à décompresser. C’est à ce moment-là que j’apprends qu’un professionnel était dans la salle… Et que j’avais reçu un SMS peu de temps avant le début du spectacle m’informant de cela… SMS que je n’avais pas lu avant de monter sur scène. Je n’ai jamais été aussi contente de ne pas avoir lu un texto. Cela m’aurait peut-être bridée, alors que j’avais adoré faire toutes mes bêtises sur scène et être « à fond ». Je laisse cette personne échanger quelques mots avec moi puis partir avant de m’autoriser à demander une petite bière locale… Et une coupe de glace.

Avec Eric, on prend le temps. De discuter, de se remercier, de faire des plans sur la comète, de se dire qu’on est sur la bonne voie. Un doux moment. On échange des anecdotes. On finit au café-bistoule avec un verre de marc de raisin.

Le lendemain, la fille de Véronique me demande un autographe sur une affiche qu’elle avait piquée à son arrêt de bus de l’école. Je trouve ça chou, c’était le genre de choses que je demandais à cet âge aux artistes et célébrités que je rencontrais. On a un moment très apaisant avec notre famille d’accueil.

Sur le chemin du retour, on s’arrête à Pontgibaud s’offrir quelques souvenirs culinaires.

Deux albums de Karkwa s’enchaînent dans les hauts-parleurs du véhicule et Eric a l’air d’aimer ça – il tapote en rythme sur son volant, ça me semble être un bon signe.

Je repense à ces personnes qui sont venues nous parler à l’issue du concert de la veille au Poulailler. Certaines d’entre elles nous ont affirmé qu’elles nous attendent déjà de pied ferme pour un éventuel prochain passage dans la région.

L’occasion de vivre un Massif Central Tour, Saison 2 ? Cela nous mettrait fortement en joie !

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Photos : Marianne Hell / Joseph Scarito / Fred William Dewitt Logo : Olivier Classe