Massif Central Tour – Etape 1 : Lempdes

7 heures tapantes, une drache diluvienne et les yeux pas encore tout à fait ouverts, Eric et moi jouons à Tetris avec le coffre de sa voiture afin de pouvoir emmener la totalité de nos affaires : batterie, clavier, accessoires, sono. On n’est peut-être qu’un duo mais on arrive à prendre déjà pas mal de place.

La veille j’avais fait mes réserves de boissons, madeleines et autres friandises pour tenir sur la route, ainsi que quelques douceurs pour les personnes qui auront la gentillesse de nous accueillir. Toujours cette peur d’avoir oublié une chose essentielle. J’ai quelques accessoires en double, mais pas encore la totalité. On démarre, c’est parti pour 8 heures de route, sans trop d’encombre.

Dans la voiture, Massive Attack et le dernier Radiohead, qu’Eric ne connaissait pas encore. La grisaille tout du long, y compris lorsque nous apercevons enfin le paysage spécifique des volcans d’Auvergne qui nous enchante par sa beauté et aussi par le fait qu’il annonce notre arrivée prochaine à destination.

 

Premier arrêt : Lempdes, à deux pas de Clermont-Ferrand, à la 2Deuche. Deuxième fois que je joue dans le coin, et deuxième fois où je n’aurai pas du tout le temps de faire un tour à Clermont même. Faudrait que j’y retourne un jour pour y jouer, ou visiter la ville…

Nous sommes accueillis par une belle équipe, petit café à l’arrivée, Anthony l’ingé lumière arbore un magnifique t-shirt d’un groupe de cover « AC/DÇU, Deception Tour » du plus bel effet.

Nous découvrons la salle que je trouve magnifique, avec ses sièges rouges et arrondis, bien confortables pour les avoir testés, une qualité de son très fine (aussi due au boulot de Vincent au son), la machine à fumée se met en marche et je crois que c’est la première fois que je joue dans de la fumée.

Installation, balances, j’apprivoise cette scène où je pourrais courir tellement ça me paraît grand par rapport à mes habitudes. Je compte d’ailleurs enfiler mes baskets de scène le soir même, comme un pied de nez à mes mésaventures québécoises où j’ai du vivre tout le Festival de Granby avec un orteil cassé et les béquilles sous le bras.

 

Eric, comme à son habitude, est d’un calme olympien, tranquille, et me répète : « le fun avant tout ! ».

On prend le temps de jouer les différentes configurations musicales, je prends le temps de m’habituer à la sensation d’être sur cette scène, avec ce son de belle qualité, Eric plus loin de moi qu’à l’accoutumée, la fumée devant les yeux.

Puis vient le temps de monter dans les loges, faire une microsieste de 12 minutes très exactement, enfiler ses baskets et tout le reste, mettre mon turban brodé cambodgien sur mes cheveux, orner mes lèvres d’un rouge carmin afin de me sentir comme une « warrior », m’étirer comme un chat, faire tourner poignets et chevilles en équilibre, descendre de la loge alors qu’on m’appelle, continuer à m’étirer depuis les coulisses depuis lesquelles j’entends Hervé, directeur de la 2Deuche (nom donné à cette salle du fait que le créateur de la Deux Chevaux est originaire de Lempdes), présenter mon parcours, faire un check mains et poings avec Eric à la manière de participants à Fort Boyard, tout sourire, à se dire « ça y est on y est, ça va être le fun !! ».

On m’annonce, je cours rejoindre mon piano, que ça fait du bien de pouvoir me mouvoir librement sur une grande scène, sans boiter…

Devant moi, de la fumée noyée dans de la lumière, puis le noir, et quelques vagues silhouettes que je distingue à peine. Je joue une toute nouvelle chanson, « Songtrip », destinée à ouvrir désormais la plupart de mes concerts. Je fixe l’écran de fumée, ça fait vraiment une sensation étrange.

J’essaie de me mouvoir au rythme de la musique, de me laisser aller. La barrière avec le public est encore là, je crois. Ca reste timide.

On enchaîne avec « Puisque c’est ça ! ».

Mais finalement la glace se rompt vraiment au bout de la troisième chanson « Le Tiroir », parlant de façon assez humoristique du choix de ne pas être mère, plutôt d’actualité étant donné que nous étions ce jour-là la Journée de lutte pour les droits des femmes.

Après les dernières notes de la quatrième chanson, « La Cour des Animaux », j’entends un mec dans le public qui crie « Yes ! » avant d’applaudir et d’emmener le public avec lui. Mec, merci. Tu m’as bien galvanisée pour le reste du concert.

J’ai l’impression parfois d’en faire trop sur scène, et je me vois parfois faire le spectacle dans un phénomène de dissociation. Je me vois parfois ne pas laisser le public respirer ou réagir après que j’aie dit telle ou telle phrase. C’est dommage car je ne parviens pas à l’empêcher, ce soir-là.

La vidéo que j’ai prise du concert m’a indiqué le contraire de mes impressions : vu de l’extérieur, je n’en fais pas assez et je peux, je crois, être largement plus expansive. Bref, j’essaie de m’encourager à ne pas avoir peur de moi-même et de mes réactions qu’une partie de moi trouverait peut-être extrême.

Une heure, ça passe finalement vite. Après les réjouissances, nous faisons connaissance avec l’association grâce à laquelle nous avons pu jouer. Je joue à faire des dédicaces amusantes et laisse galoper mon imagination. Hervé remarque mes sorties « engagées » faites le long de certaines de mes chansons. Après quelques rencontres, on se dit avec Eric qu’on reviendrait bien jouer dans le coin…

Fin de journée dans un super hôtel 4 étoiles. On peut dire que l’organisation ne s’est franchement pas moquée de nous. On profite d’un peu de repos et d’un bon repas – pendant lequel Eric me raconte des histoires rocambolesques de tournées effectuées avec d’autres artistes -, en attendant de repartir sur les routes, direction la Creuse.

 

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Photos : Marianne Hell / Joseph Scarito / Fred William Dewitt Logo : Olivier Classe