Le « p’tit » bonheur fait son chemin à Granby

Aujourd’hui, j’ai vécu une des expériences pour lesquelles je savais le moins à quoi m’attendre : un concert à l’Autre Versant, un centre pour les personnes vivant avec une maladie mentale dans le cadre de ce que le Festival de Granby appelle « la Tournée des p’tits bonheurs ».

Après quelques difficultés de déplacement, de chargement du matériel ou encore d’installation – toutes gérées avec le sourire, notamment grâce aux bénévoles du Festival et au personnel du centre -, me voilà enfin installée, le piano placé sur des tables de fortune, face à un public attentif qui attend que quelque chose se passe.

Pour changer, je décide de présenter chacune de mes chansons, surtout le contexte de leur création, ce qui permet de mieux canaliser mon propos et l’attention de l’auditoire.

Dès la deuxième chanson, je vois chavirer l’assemblée, qui me semble conquise. Je vois, tout en chantant, des sourires, des yeux plissés par des rires silencieux, des têtes qui balancent doucement en rythme… Au fur et à mesure, une vraie communion s’installe entre nous, en l’espace de quelques minutes, c’est si immédiat, si bienveillant et simple. Je les sens indulgents, alors j’ai envie de donner le maximum, de me donner le plus possible. Une connexion se crée. Ils rient lorsque je raconte l’histoire de ma chanson « Le Tiroir », pour laquelle les différences de vocabulaire entre français et québécois peuvent être savoureuses. Ce que je dis a l’air d’être clair, lucide, d’être compris, plus qu’à l’accoutumée. Je sens mon interprétation à la fois plus affinée et plus affirmée, j’y mets plus de ma personnalité, j’articule les mots différemment, de façon plus percutante encore, je m’exprime davantage, je me sens bien, ils ont l’air de se sentir bien, les énergies circulent.

Je finis mon mini-concert avec une reprise de « T’es beau » de Pauline Croze, que je chantais il y a deux ans au Vietnam mais que je reprends bien différemment, de façon plus intense, plus dense et plus légère à la fois, moins scolaire, avec des envolées, quelque chose à fleur de peau.

Je repars le corps et le coeur remplis d’une énergie incroyable, ça déborde presque, on me remet une feuille de papier remplie de mots de remerciement de mon public du jour.

Pendant les heures qui ont suivi, j’étais un peu stone, à la fois down et perchée, avec à la fois l’envie de rire et de pleurer, en tout cas avec cette impression d’être remplie de tant d’émotions qu’on les sent faire pression sur chaque partie de mon corps. J’ai fini par craquer dans les bras d’une de mes camarades que j’avais accompagnée la veille au pied levé. Je me sens bien. Je suis reconnaissante. Je ne m’explique pas cette charge émotionnelle si intense que j’ai pris de plein fouet, mais en même temps avec une grande douceur.

Vraiment, merci.

Merci.

D.

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Photos : Marianne Hell / Joseph Scarito / Fred William Dewitt Logo : Olivier Classe