En résidence

Eric et moi sortons de notre première résidence accompagnée. Celle-ci a duré quatre jours, dans l’intimisme tranquille de l’ARA, à Roubaix.

Pour les personnes peu habituées aux pratiques musicales, une résidence, pour faire court, c’est une sorte de moment suspendu pendant lequel on travaille hors les murs de notre local de répétition, le plus souvent dans une salle équipée son et lumières. On est le plus souvent coaché par des professionnels, sur certains aspects du spectacle qu’on prépare, afin de le rendre meilleur. En gros, ça sert à booster le concert, à muscler le jeu, et à se fixer de bonnes habitudes pour la suite.

Pour cette résidence, l’objectif était double : parvenir à étoffer notre son en insérant à quelques moments-clés des éléments de musique assistée par ordinateur, et aller plus loin dans l’interprétation de notre musique. Si la première partie a été pratiquement accomplie – un peu de travail personnel supplémentaire complètera le tout -, je voulais revenir un peu sur la seconde partie.

Expérimentations en MAO

Je suppose que certains d’entre vous ont fait du théâtre, cet art où, pour être compréhensible et faire passer l’émotion, on doit être « plus ». Plus fort, plus loin, plus grand, plus émotif. Entre ce qu’on ressent en soi et ce qu’on dégage aux personnes dans la salle, il y a des fois un monde. Cela se constate quand on se filme  en train d’interpréter quelque chose sur scène : la tempête intérieure que l’on ressent ressort parfois assez peu à l’image, ce qui est toujours un peu étrange.

Même si grâce notamment à notre dernière tournée en Auvergne, je sais m’aventurer plus loin qu’auparavant dans l’expression, l’absurde et le « too-much », il est ressorti des premières heures de la résidence que « too much is never enough ».

Bref, il y avait encore des barrières à briser pour amener mes chansons au bout d’elles-mêmes, et moi avec.

Les joies du selfie en résidence !

Je vous avais déjà confié ma prise de conscience du fait que faire de la musique m’apparaissait de plus en plus comme une activité d’essence spirituelle. L’expérience de la résidence et surtout du coaching en interprétation m’a confirmé ces impressions : j’aime cette activité car elle me permet de me poser des questions importantes sur beaucoup de pans de ma vie, et de la vie en général. En cela, Eric m’apprend beaucoup également, et j’essaie de suivre son exemple.

Durant ces quelques jours, j’ai pris conscience que ce qu’on attendait de nous, plus que tout peut-être, c’était d’être « là ». En permanence, là, ici, maintenant. Pas ailleurs dans ses pensées, ni hier ni demain. Mieux, être plus que là, être vraiment ancré, la moindre parcelle de notre corps, de notre regard et de notre esprit dans l’instant présent.

Et aujourd’hui, où les sollicitations d’attention et les écrans sont présents quotidiennement, où notre capacité à être vraiment là est souvent parasitée, j’ai l’impression qu’il s’agit d’un exercice de plus en plus difficile. Surtout pour quelqu’un comme moi, qui a mille pensées à la fois, et qui a tendance à intellectualiser à outrance pour se protéger d’un trop-plein d’émotions.

Colette Delhaye a donc pris un soin particulier à faire briser mes barrières intérieures.

D’abord, un complexe d’infériorité technique en chant. Je m’empêche d’aller trop loin parce que je me persuade que je ne chante pas suffisamment bien ? Que nenni. Elle me dit : la technique, je l’ai. Suffisamment pour emmener ma voix où je veux, tant que je la charge suffisamment en émotions. Le reste suit. All right.

Ensuite, et surtout, ma propre peur d’être submergée par mes émotions lorsque j’interprète. Une fois relevée la barrière du « je sais pas faire », vient celle du « j’ai peur de le faire ». Peur d’être au volant d’un bolide émotionnel trop puissant dont je ne contrôlerais ni la trajectoire ni la vitesse. Mais là, pas le choix, il faut exploser le mur devant soi.

Je deviens sans cesse en tension, je sors de mes gonds. Je deviens caricaturale en restant sincère, mais sans doute je m’en fous un peu, je sais que ça fait partie du job. J’ai des éclairs qui sortent des yeux, limite. Je suis au bord de larmes parfois. Je suis en phase d’apprivoisement de moi-même. Sans doute une forme d’énergie latente qui n’attend qu’à sortir autrement que par la plume.

Je suis souvent épuisée, je me tourne vers Eric, des décennies d’expérience, en prenant conscience que c’est à ça que je me suis engagée. A être « là », parfois un peu pour les autres qui n’y sont pas. Je lui dis : « mais comment peut-on faire pour ne pas être totalement vidé ? Où trouve-t-on l’énergie ? » Il me répond : « l’énergie appelle l’énergie, t’en fais pas pour ça et fonce ». Compris, Eric.

Le cheminement s’annonce passionnant.

 

 

 

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