Textes

Geisha, face de citron
J’ai déjà entendu ces noms
Mais ça n’me fait ni chaud ni froid
Car je ne suis pas cette fille-là

Je suis d’la troisième génération
J’parle pas vietnamien à la maison
Ma seule Asie est sur carte postale
Pour moi c’est un rêve, pas une terre natale

Mais je suis « ‘toque » d’après les gens,
D’après les gens
Chine, Thaïlande, Japon c’est les mêmes
Tant qu’on a les yeux bridés, on peut se faire
brimer
(Mais) alors, j’ai juste les yeux en 16/9 !

Docile, par nature ou culture
Facile, donnant dans la luxure
Sortant tout droit d’un manga
Bien sûr, spécialiste des massages chinois

Mais moi tout ce que j’ai appris
C’est la cuisine de mon Papy
A côté de ça, je suis plutôt Maroilles
Alors rangez vos putains d’images d’Epinal !

Mais je suis « ‘toque » d’après les gens,
D’après les gens
Chine, Thaïlande, Japon c’est les mêmes
Tant qu’on a les yeux bridés, on peut se faire
brimer
(Mais) alors, j’ai juste les yeux en 16/9 !

Envie de dire à ces couards
Qui ont peur de se faire bouffer
Qu’c’est pas en se disant renards
Qu’ils ne seront plus des poulets

La vertu érigée en vice
Et le cynisme en qualité
Comme si la pomme d’Adam Smith
Etait dev’nue empoisonnée

Comme envie de crier au monde
Noyé dans l’inhumanité
Que la Bête humaine est féconde
Et qu’elle est prête à accoucher

Aujourd’hui pour nous rebeller
Bien avant de lever le poing
Refusons de nous rabaisser
Et restons à tout prix humains

Je vogue, je vais, maintiens l’idée
Les cinq doigts de la main levée
Conscience humaine et dignité
Qu’importe la jungle, les hyènes assoiffées

Envie de dire à ces salauds
Qui nous ont montés entre nous
Que nous ne sommes plus les veaux
D’la concurrence poussée à bout

Que c’est fini les fosses aux lions
C’est fini les tours chez les fous
Nous ne serons plus ces moutons
Qui aiment hurler avec les loups

Nous ne cèderons plus aux sirènes
De la peur de finir derniers
Ni la frustration ni la haine
Ne nous serviront de berger
Aujourd’hui pour me rebeller
Je préfère être une Bisounours
Plutôt qu’un de ces chiens dressés
A aboyer au pas de course

Je vogue, je vais, maintiens l’idée
Les cinq doigts de la main levée
Conscience humaine et dignité
Indépendance et probité

Je vogue, je vais, maintiens l’idée
Les cinq doigts de la main levée
Conscience humaine et dignité
Qu’importe la jungle, les hyènes assoiffées

J’aurais dû
Arrêter l’école
Tout plaquer à seize ans
Pour partir à Paris

Oh ! J’aurais dû
Etre un « jeune talent »
Pas un talent trop mûr
Ca se vend à moindre prix

Oh, j’aurais dû
Chercher à faire des thunes
Mais ne pas faire d’études
Ca, c’est pour les gens normaux

Oh… J’aurais dû
Etre dans tous les bacs
Avant d’avoir mon bac
Et toucher le gros lot

Puisque c’est ça, la vie
Puisque c’est ça qu’on nous répète
Puisque c’est ça ce qu’on nous dit
Puisque c’est ça.

J’aurais dû
Si j’étais un garçon
Toucher au ballon rond
Rêver de grosses caisses

Oh ! J’aurais dû
Me lancer dans le rap
Le message, on s’en tape
L’important c’est les gonzesses

Oh ! J’aurais dû
Ne pas avoir des valeurs
Le travail et le coeur
Ne sont plus reconnus

Si j’avais su
Qu’aujourd’hui un docteur
Vaut moins qu’un footballeur
Je ne serais pas venue

Puisque c’est ça, la vie
Puisque c’est ça qu’on nous répète
Puisque c’est ça ce qu’on nous dit
Puisque c’est ça.

J’aurais dû
Etre née à Los Angeles
J’aurais pu
Devenir une demi-déesse

J’aurais dû
Faire le buzz sur Internet
Ma vie aurait pu soudain,
Devenir chouette

On me dit que la Gloutonnerie est un des
Capitaux péchés
Mais je ne fais que du profit, le Capital c’est
mon métier
On me dit que j’bouffe mes enfants, que je
les trousse que je les vole
Dans ce cas je n’suis qu’un Titan voguant sur
le souffle d’Eole

J’ai toujours adoré jouer et faire de la
spéculation
Avec en tout pour parier, des Hommes en
guise de jetons
Je n’ai jamais vraiment perdu, j’ai toujours de
quoi m’retourner
Et si vraiment ça ne va plus, on saura qui faut
sacrifier

Après moi…
Après moi le Déluge.

Il n’y a pas de sot métier, mais j’avoue qu’y
en a qui m’font rire
Des femmes récurant les WC, difficile
d’imaginer pire
Je ne suis pas faite de ce bois, j’ai des
responsabilités
Pas comme ces jeunes bac plus vingt-trois
que je ne saurais engager

Il n’y a rien de plus normal que de souiller de
l’eau potable
De transformer des céréales en essence
pour décapotable
Nos os n’boiront qu’les isotopes et on danse-
ra sur nos tombes
En claudiquant comme des cloportes comme
après l’éclat d’une bombe

Après moi…
Après moi le Déluge.

« L’emportera pas au Paradis ! », c’est ce
que j’entends en sourdine
Mais la règle c’est « pas vu, pas pris », et
c’est seul’ment l’argent qui prime
Le Paradis, c’est pour que les cons croient
encore en une Justice
Mais j’ai ma propre prescription, et la Loi à
mon service

Et de traces de mon passage, y aura des
montagnes de plastique
Du poison dans les œsophages, du plomb
dans les nappes phréatiques
Un million d’capotes usagées, ô mon Dieu
qu’est-ce que j’ai bien ri
Ma vie m’a pleinement satisfaite et c’est pas
moi qui en paie l’prix

Après moi…
Après moi…
Après moi le Déluge.

J’ai décidé de n’plus t’aimer
Où est le bouton marche/arrêt
Ah ça, c’est facile à trouver
J’ai décidé de n’plus t’aimer

Et de te rendre ta liberté
Celle que t’osais pas demander
J’ai enterré tous nos projets
Enterré nos petits bébés

Même s’ils ne naîtront jamais
Je me sens comme défragmentée
J’vais m’réinitialiser
Un coup d’reset et c’est parti

C’est si facile
D’effacer l’indélébile
De nettoyer au Karcher
Les souvenirs d’un être cher
C’est si facile
D’effacer l’indélébile
C’est vraiment simple comme bonjour
D’oublier ce qu’est l’amour

Y a pas de quoi fouetter un chat
Cinq ans en l’air bon débarras
Un nouveau monde me tend les bras

Un monde composé de croisières
Où les épaves sont loin derrière
Où l’on s’envoie souvent en l’air

Plus besoin d’suivre ton agenda
Plus besoin d’courir après toi
Maint’nant le capitaine c’est moi

A moi les flirts fantasmés
Illusion contr’ réalité
Que j’peins de couleurs synthétiques
C’est si facile
D’effacer l’indélébile
De nettoyer au Karcher
Les souvenirs d’un être cher
C’est si facile
D’effacer l’indélébile
C’est vraiment simple comme bonjour
D’oublier ce qu’est l’amour

C’est tout comme un claqu’ment de doigts
C’est comme un revers de la main
Quand j’veux je décroche de toi
D’ailleurs je décroche dès demain

Y a pas de quoi fouetter un chat
C’est comme un revers de la main
Quand j’veux je décroche de toi
D’ailleurs je décroche dès demain

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Photos : Marianne Hell / Joseph Scarito / Fred William Dewitt Logo : Olivier Classe